L’Effet UQAM: Comment conjurer tout évènement

Posted: February 7, 2013 in Uncategorized

Dans les corridors de l’université, le débit continu et régulé des corps qui circulent aux heures de pointe se déroule dans une monotonie et une indifférence troublante.  C’est la marche quotidiennement banale d’une masse d’individus qui quittent une fonction pour aller en rejoindre une autre. La cadence de leurs pas ne doit pas être troublée par quelconque comportement dit déviant sans quoi il y a intervention. C’est par là que se dévoile ce qui dispose au calme de la situation,  ce qui diffuse l’angoisse et l’emprisonne dans les corps aplatis. Le sécuritaire tisse le quotidien, se rendant ainsi indiscernable.

C’est par la mobilisation de l’ensemble des acteurs et actrices au processus de surveillance que les dispositifs sécuritaires assurent la fluidité et le rythme des temps de déplacement. On joue sur la peur pour encourager la délation générale en présence de situations irrégulières. L’appel à l’action dans les situations d’exception, le respect de la norme, l’autodiscipline produite par le sentiment d’être constamment observé, sont ainsi parallèles aux gardiens qui patrouillent, aux caméras hyper-perfectionnées et aux instances disciplinaires. Exhaustives de tout comportement qui ne correspond pas à l’unique fait de circuler, toutes situations, toutes dissonances à la norme incarnent la possibilité d’un chaos. Le contenu politique effacé, de la gestion d’une grève à « la présence d’un individu armé », tout n’est géré qu’en termes de risques.

Statiquement pensable, l’idée de l’omniprésence de risques pousse à la prolifération des dispositifs. Le sécuritaire est en ce sens une névrose dont le délire est spatiale.  L’espace pensé comme vide absolu à travers lequel circuler, doit permettre que les corps se croisent sans qu’ils ne ressentent jamais le besoin de se rencontrer.    En expulsant les territoires de l’espace, on l’exproprie des sens qui l’habitent.  L’utilité domine les usages. La non-VIOLENCE marche à l’unité et à la paix; elle rase tout sur son passage et laisse derrière elle un espace aplani.

Ainsi, dans un même espace, dans un même temps, on peut marcher  un mètre devant un horrible intellectuel de droite, être aux côtés d’un jeune politicien abjecte, croiser un gestionnaire-carriériste, et ce, sans qu’aucune forme d’hostilité n’apparaisse.  Tout autant, la distribution de nourriture gratuite, les fêtes spontanées ou la soudaine collaboration en vue de la destruction d’un mobilier indésirable sont neutralisées d’avance. La pacification implique la proscription de toutes autres formes d’usages que celle prescrite : la circulation dans un espace fonctionnellement différencié.

La violence du sécuritaire

Pacificateur, le sécuritaire prétend exclure la violence de son action en assignant celle-ci au risque probant d’une situation. De là s’explique la réaction de l’UQAM à la réappropriation en acte des murs de l’université (qui a pris la forme de graffitis débordant les zones prescrites). Celle-ci a été associée à un vecteur de dépression pour les membres de la communauté par l’administration, à un geste de dépravés pouvant culminer à des pratiques de plus en plus subversives. Aveugle à sa propre architecture dépressionniste, l’UQAM a alors pris sur elle d’effacer la trace de ce débordement. Et sans être hypocrite, cette action a pris la forme de la fermeture d’un lieu de haute densité politique, en plus de mettre au chômage plusieurs employé-e-s d’un café étudiant. Ici encore, la paix de surface se paye par une violence non-dite.

De manière similaire, la prévention (jargon et pratique sécuritaires) implique la possibilité constante de l’expulsion.  La mise en place d’un comité disciplinaire de l’université visant à sanctionner et à expulser les mauvais-e-s usager-ère-s de l’espace en est un dispositif évident.  Tout autant que l’exemple des personnes en situation d’itinérance qui ne sont pas admises dans l’université.  Si elles arrivent à y entrer, elles sont rapidement renvoyées dans l’espace du métro ou de la rue, là où d’autres dispositifs sécuritaires exercent une gestion de leur présence. Par-delà sa fonction de desservir un service d’éducation, la localisation urbaine de l’UQAM la positionne elle-même comme dispositif : elle gère les flux qui traversent le quartier latin. Desservir et gérer, c’est le nouvel adage d’une institution en naufrage dépassée par le procès de valorisation et par le sécuritaire. Toute tentative de sauver le navire des dispositifs qui la débordent ne serait être qu’une participation odieuse à la constitution d’une fausse communauté universitaire.

C’est que l’appellation « communauté », longtemps chérie par les universités héritières de l’ère chrétienne, sert actuellement au maintien de l’ordre sécuritaire. La communauté de l’Uqam est une abstraction vide de sens : articulée comme discours auto-triomphant du nationalisme québécois et mobilisée dès sa fondation comme gain étatisé dans une histoire effaçant celle des occupant-e-s des beaux-arts. Coquille vide, elle représente actuellement une unité de production trop souvent investie du désir fantasmé d’une pureté du savoir et de la résistance; pourtant, fondé sur la séparation. Elle participe de l’expropriation, du processus nécessaire et continu à la circulation marchande. L’expropriation est une autre pièce constituante du dispositif sécuritaire.  Lorsque la communauté tend à se former et à se maintenir au sein même d’un espace contrôlé, c’est sans surprise qu’une reconfiguration et qu’une réattribution de l’usage de l’espace s’impose.  L’enjeu est celui d’éliminer les moments et lieux de rencontres possibles; éviter la propagation des corps pathogènes qui risquent de perturber les conditions nécessaires à l’environnement pacifié. Derrière une unité de façade se cache une violence sans nom.

Mais.

Mais penser statistiquement le risque c’est déjà avouer l’impossibilité de le contrer. Le sécuritaire est une entreprise qui se met elle-même en échec : le débordement arrive toujours. Son avènement certain, le pouvoir ne peut entrer qu’en phase paranoïaque. Il explose, il déborde des carcans habituels, ils tentent de tout recouvrir, de tout englober. Mais son échec est palpable : toujours de la grève, du sabotage et des AmiEs qui aident, s’appuyant sans se connaitre.  Tout un art de faire des lieux qui se déploient.  Le sécuritaire s’étend car il tente de s’adapter à la résistance et celle-ci croît en fonction de l’absence de sens proposé. Le linceul du sécuritaire c’est le tissu d’amitiés qui se constitue en force diffuse. Hommage aux graffiteur-euse-s, hommage aux saboteur-euse-s de caméra et à tout ce qui détourne l’usage de cette grosse bâtisse brune et laide qu’est l’UQAM. FUCK l’UQAM !

 

Ceci est un appel à contrer l’Effet UQAM, à contrer l’effet du sécuritaire.

 

 

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